Parcours d’une victime.
Conditions de jeu
Fait en moins de 2 heures sur PC.
Alors non, ce n’est pas pour cette fois, pas pour ce test qu’on va faire une ode au fun, à la joyeuseté, à l’innocence et à nos madeleines qui sont autant de souvenirs de nos après-midi d’amusements, de jeux et de réjouissances.
Non, ici il est question de mercredis et d’inceste. Des deux à la fois.

Comment ça se présente ?
On va tenter de spoiler le moins possible car le jeu et le sujet méritent que l’on y plonge le plus neutre possible du déroulement de cette nouvelle production du studio The Pixel Hunt (à qui l’on doit également The Wreck).
L’histoire se présente à travers un jeu vidéo, fictif, de gestion de parc d’attractions sur une île fictive. A chaque attraction installée, le personnage se remémore un souvenir.
Le jeu est couvert de trigger warning. Ils sont indispensables. Chaque attraction dispose d’un indicateur qui notifie au joueur le niveau de trigger warning du souvenir qui va se lancer une fois l’attraction installée. Ainsi, certaines n’en présentent pas. D’autres vont présenter des niveaux allant de 1 à 3, 3 étant le plus marquant.

Les sujets abordés sont parfois crus, parfois violents et presque toujours d’une banalité confondante. Mais ce qui est banal n’est pas sans intérêt. C’est d’autant plus vrai ici que le jeu traite de sujets importants en présentant non pas leur caractère exceptionnel mais la banalité dans laquelle ils se déroulent, comment l’enfance et l’adolescence du protagoniste principal est si communes.
Avant de lancer le jeu, je connaissais le thème abordé. C’est un des arguments qui m’a poussé à y jouer tant j’étais curieux de voir comment on peut traiter ce sujet dans un jeu vidéo. Qu’on se le dise dès maintenant, l’écriture de ce jeu est remarquable. Et c’est peu de le dire. C’est vraiment brillant, touchant à tel point que je me suis surpris à relancer le dernier dialogue du jeu non pas par pur masochisme de me faire revivre ce moment difficile et émouvant, mais parce que cela m’a touché, sincèrement, et que je l’ai trouvé particulièrement juste dans son ton et son propos.
Remarquable.
D’autant plus lorsqu’on sait que Pierre Corbinais, à qui l’on doit l’histoire, personnelle, de ce Wednesdays a également participé à l’écriture du scénario de Shinobi : Art of Vengeance qui ne brille pas, lui, pour son histoire.

Un gameplay au service du propos
Ce qui m’a également frappé, rapidement, c’est le prisme du jeu de parc à thème. Petit, jouer à Theme Park était un rêve. Je n’avais pas de PC, pas de Super Nintendo, pas de PS1. Pas de possibilité de jouer à ce jeu qui semblait fabuleux à tous les niveaux. Puis, j’ai eu la Saturn et il va sans dire que j’ai foncé sur ce jeu aussi vite que j’ai pu. J’ai adoré cet univers, les possibilités offertes. Et si ces jeux n’étaient pas si chronophages, il est certain que j’y jouerai encore de nos jours. Reste que cela me renvoie à mon enfance, rêvée, et celle que j’ai connue. Ce qui m’a nécessairement perturbé. Car l’enfant que j’étais, qui jouait à ce jeu ou en rêvait était à mille lieues d’associer un jeu vidéo, et un jeu aussi tourné vers le divertissement, à des évènements terribles et une souffrance.
À chaque fin de souvenir, on revient au parc à thème qu’on étend à mesure qu’on installe une attraction jusqu’à ce que tous les souvenirs aient été visionnés. On peut prendre le temps d’optimiser, d’améliorer notre parc. Nous pouvons l’agrémenter de décorations et autres stands. Il faut veiller à le maintenir propre. Un indicateur de satisfaction des clients est également présent. Nous devons accumuler une monnaie virtuelle afin de payer les attractions et les décorations et autres stands. On retrouve tous les éléments d’un jeu de parc à thème, mais en version particulièrement simplifiée afin de nous replonger dans cet univers, ce jeu d’enfance du personnage principal, et jamais nous détourner du propos du jeu : le visionnage de ces souvenirs. Ça sert également de soupape après les souvenirs les plus difficiles.

Les souvenirs se déroulent sous la forme de dialogues entre le protagoniste, Tim, et une personne de son entourage. On va contrôler les dialogues du proche dans l’essentiel des dialogues, plus rarement ceux de Tim, mais, peu importe le personnage que l’on incarne dans chacun des souvenirs, il y a une force qui se dégage de chaque ligne de texte, de chaque situation. Tout m’a atteint, même si je n’ai pas été confronté à un dixième des situations évoquées.
C’est là qu’on mesure le brio de l’écriture : transmettre des émotions dans des souvenirs d’un personnage à quelqu’un qui ne les partage pas et qui les observe derrière son écran dans un cadre qui n’a rien de familier avec ce qui est décrit.

Puis, bon, histoire de pousser les curseurs, j’ai systématiquement fait le choix de consulter tous les souvenirs les moins sensibles en premier pour terminer par ceux dont les trigger warning étaient les plus importants en les consultant de manière croissante, du trigger warning plus faible à celui plus élevé.
À côté de l’écriture brillante, il faut souligner la DA. L’artiste belge Exaheva, à qui l’on doit également certaines musiques des génériques des podcasts d’Origami le média, a réalisé, une nouvelle fois, un travail formidable. Les dessins sont superbes, la direction artistique sert admirablement le propos et on est rapidement plongé, grâce à tout cela, dans le propos du jeu sans qu’aucune friction ne vienne nous détourner de ce qu’il a à nous raconter. Mieux, le jeu n’oublie pas de boucler sur la DA dans un dialogue final bouleversant.
Enfin, les musiques parachèvent le tableau d’un jeu réussi à tous les niveaux.

En conclusion
Mon test aujourd’hui est dithyrambique. C’est vrai. Je le concède. Il témoigne de ce que ce jeu m’a touché et m’a marqué durablement.
Alors, ce n’est pas à mettre entre toutes les mains, les trigger warning nous le rappellent à l’envi. Pour les autres, c’est une expérience intéressante et enrichissante qui démontre, s’il le fallait, que le jeu vidéo n’est pas que du pan-pan boum-boum, c’est l’interaction entre un joueur et un propos via un gameplay. Rien que pour son propos, ce jeu est indispensable. D’autant plus qu’il est dorénavant disponible gratuitement sur les plateformes mobiles Android et iOS.
️ Mes plus
- Une DA superbe.
- Une écriture soignée, brillante et touchante.
Mes moins
- Un jeu indispensable mais qui ne peut pas être mis entre toutes les mains.




