Un road trip entre amis où la route est au cœur du voyage
Conditions de jeu
Joué sur PlayStation 4 dans son édition Royale et accompagné de ses quatre DLCs scénarisés.
Parmi les licences qui ont marqué l’histoire du jeu vidéo, Final Fantasy est de loin un incontournable. Si l’on demande à plusieurs fans de la série quel est leur opus favori, ils donneraient probablement tous une réponse différente. Certains citeraient Final Fantasy VII pour ses prouesses techniques et la révolution qu’il était pour le jeu vidéo à sa sortie en 1997. D’autres gardent Final Fantasy VI dans leur cœur pour son histoire qui a marqué une génération et sa scène magique de l’opéra, tandis que les passionnés de Final Fantasy X vanteraient son ingénieux système de sphérier et ses plans d’une beauté à couper le souffle. De mon côté, c’est Final Fantasy IX qui remporte la palme pour la qualité de son écriture (qui n’a pas pris une ride), ses personnages aussi complexes qu’attachants et sa musique qui me transporte toujours autant.
Et bien sûr, on retrouve ceux qui ne jurent que par Final Fantasy XV, un épisode qui a pourtant connu vents et marées lors de son développement. Initialement annoncé pour la Playstation 3 en 2006, il devait s’intituler Final Fantasy Versus XIII et faire partie de l’univers de Final Fantasy XIII. Le jeu a connu de nombreux reports avant de finalement changer de titre, et de cap par la même occasion. À sa sortie, l’expérience était loin d’être complète. Rien qu’au cours de sa première année, le jeu a connu plus d’une quinzaine de mises à jour de contenu, dont certaines visant à réécrire et à rajouter des scènes scénarisées.
Aujourd’hui, Final Fantasy XV compte autant de détracteurs que de passionnés. Pour sûr, le jeu a des défauts indéniables que même ses nombreux correctifs et DLCs n’ont pas su corriger. Pourtant, il n’en reste pas moins une expérience particulière, forte et assurément inoubliable. Retour sur une aventure inégale, une toile à la beauté perfectible où de délicats coups de pinceau viennent raffiner les couches de peinture grossières qu’elle doit à ses houleuses années de développement.

Un épisode singulier pour une licence historique
Je n’oublierai jamais ce que j’ai ressenti lorsque j’ai commencé le jeu. Après le tutoriel et quelques cinématiques, je retrouvais le prince Noctis Lucis Caelum et ses amis d’enfance, membres de la garde rapprochée, au milieu d’une route désertique. Tandis que je poussais une voiture en panne, j’observais le paysage en écoutant la reprise de « Stand by Me » réalisée par Florence + The Machine pour le jeu. Pendant ce temps, les quatre amis se plaignaient de leur corvée et s’envoyaient des piques les uns aux autres. Bien vite, je me retrouvais à conduire cette voiture et à suivre les moments de franche camaraderie de ce groupe singulier. Cette ambiance reposante, aux airs de jeu narratif, sonnait comme un croisement entre les excellents Life is Strange et Road 96. Cette impression finira par s’effacer, mais elle restera le ciment de mon expérience sur Final Fantasy XV.
Sur plusieurs points, l’opus s’éloigne beaucoup des codes de la série. D’abord, le système de combat au tour par tour laisse place à l’action. Avec les pouvoirs de Noctis, on peut lancer son arme pour attaquer les ennemis de loin, ou encore tirer parti du terrain pour se positionner en hauteur via la téléportation. Notre personnage peut s’équiper de quatre armes et en changer à volonté selon les besoins du combat. Il est également possible de donner des commandes sommaires à ses alliés en plein affrontement. D’ailleurs, une des mises à jour de contenu ajoute la possibilité de jouer directement les trois autres personnages.
Mais le plus gros changement, on le trouve du côté de sa construction. Véritable road trip, on se rend d’un point de la carte à un autre à bord de la Regalia, la voiture de nos protagonistes, pour avancer dans l’histoire ou réaliser des quêtes secondaires. À tout moment, il est possible de s’arrêter au milieu de la route pour partir explorer les environs, combattre des ennemis et parfois trouver des quêtes cachées. Prompto, un des amis de Noctis, ne manque pas une occasion de photographier le voyage, un plaisir auquel on peut également prendre part. Au terme de la journée, on se rend au campement afin de se reposer, de monter de niveau grâce à l’expérience accumulée et de déguster un délicieux repas fait maison qui procure des effets bénéfiques pour la prochaine journée.
Bien plus que ses aînés, Final Fantasy XV est une aventure propice à l’égarement. C’est une expérience à vivre sans se presser et où le moindre détour est l’occasion d’agrémenter son album photo, tel un voyage que l’on partagerait avec ses amis.

Un scénario victime de ses conditions de développement
Mais voilà, le jeu présente son lot de problèmes qui viennent entacher l’expérience. Ces problèmes, on les trouve surtout du côté de l’histoire. Si on peut sentir son potentiel et noter l’immense travail réalisé pour le worldbuilding, le tout est malheureusement très mal narré. Le scénario peine à décoller pendant la première moitié du jeu et il est difficile de comprendre pourquoi il nous est nécessaire de réaliser telle ou telle chose, le sujet étant rarement bien amené. Pendant un long moment, j’ai eu l’impression de poursuivre une chimère, sans trop savoir pourquoi. À contrario, la deuxième partie du jeu est bien plus fournie, mais on peine souvent à comprendre certains enjeux et les intentions des personnages. Plusieurs points auraient mérité d’être approfondis et présentés plus tôt dans l’aventure dans un souci de clarté et de rythme.
D’ailleurs, la narration est grandement impactée par sa répartition au sein de plusieurs médias. En plus du jeu de base, une série animée et un film d’animation 3D viennent apporter des informations précieuses sur la relation entre les personnages principaux et sur des événements majeurs à l’intrigue principale… des éléments qui ne sont pas du tout expliqués dans le jeu. On retrouve également quatre histoires en DLC. Trois d’entre elles permettent de vivre des événements laissés sans explication dans le jeu, tandis que la dernière délivre le passé d’un personnage dont on ne sait presque rien malgré son importance dans la trame principale. À cela, on peut ajouter un autre DLC qui modifie un chapitre entier du jeu, un standalone multijoueur, un spin-off, plusieurs démos dont l’histoire ne se trouve nulle part ailleurs et même un livre traitant de DLCs annulés (que je ne recommande d’ailleurs pas). Si tous ces contenus ne sont pas forcément nécessaires, la plupart auraient mérité d’être dans le jeu de base pour une expérience narrative plus complète et satisfaisante. Je suis content d’avoir regardé la série et le film avant de lancer le jeu, car ils apportent bien trop à l’expérience pour être manqués. Malheureusement, certaines personnes ne seront pas forcément au courant de leur existence et passeront à côté de tout un pan de l’histoire.
Mais contre toute attente, lorsque je découvrais les dernières scènes de cette aventure décousue… le choc. Autant je trouvais le jeu mal narré, autant j’ai été impressionné par la qualité de la fin. La mise en scène, la musique, les petits détails… Tout est peaufiné et bien pensé. Même si le reste était brouillon, elle a réussi à me toucher et à devenir l’une des meilleures fins – voire la meilleure fin – que j’aie pu voir dans une œuvre de fiction. Et si cette conclusion est aussi forte malgré tous les défauts que l’on peut trouver au jeu, c’est parce que Final Fantasy XV n’oublie jamais ce qu’il est avant tout : un road trip entre amis, que l’on partage à leurs côtés et lors duquel on s’attache à chacun d’entre eux.

Conclusion
Si quelqu’un hésitait à se lancer dans l’aventure Final Fantasy XV, je ne saurais dire si la personne apprécierait ou non. C’est un jeu aussi particulier qu’imparfait et il n’est pas surprenant de voir tant d’avis contraires à son sujet. Il est regrettable que le jeu ait souffert de son développement chaotique et de la répartition étrange des points clés de sa narration, puisqu’il aurait aisément pu s’approcher de la perfection.
Mais de la même façon que toute œuvre d’art ne peut être au goût de tous, elle vaut le détour pour l’expérience qu’elle délivre. Car oui, Final Fantasy XV mérite assurément le titre d’œuvre d’art tant le jeu est unique en son genre. Pour sûr, tous ceux qui arriveront à son terme n’oublieront jamais leur voyage aux côtés de Noctis et de ses compagnons de route : un road trip façonné par une amitié sincère, touchante et loin des travers de la masculinité toxique.
« Dans un voyage, ce n’est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru. Et les détours surtout. » – Philippe Pollet-Villard
️ Mes plus
- Un contenu conséquent pour un univers riche
- Une vraie sensation de voyage et de partage, renforcée par la voiture et la photographie
- Une amitié entre hommes présentée de façon positive
- Une des fins les mieux écrites du jeu vidéo
- Une OST dans le haut du panier de la série
Mes moins
- Une aventure trop décousue et aux enjeux difficiles à suivre
- Un scénario incomplet et réparti sur plusieurs médias
- Des DLCs qui auraient dû faire partie du contenu du jeu
- Une sensation de longueur une fois passé la moitié de l'aventure
Trailer




