Des classiques remis au goût du jour... et bien plus encore
Conditions de jeu
Joué sur Nintendo Switch, en mode docké et en mode portable.
Plus discrète en Occident, la série Dragon Quest est un phénomène au Japon. Ce dernier est tel que, le jour de la sortie de Dragon Quest III en 1998, un nombre important de personnes a décidé de ne pas se rendre en cours ou au travail pour profiter du jeu. Forte de onze épisodes principaux (dont un MMO, à l’image de Final Fantasy XI et Final Fantasy XIV), l’Europe n’accueille la série qu’à partir du huitième opus sorti sur PS2. Au fil des années, les jeux ont connu des remakes sur plusieurs supports et ont petit à petit rejoint notre pays accompagné d’une traduction française (exception faite du MMO, Dragon Quest X).
Jusqu’ici, seuls trois épisodes sortis chez nous n’avaient pas été traduits en français. C’étaient d’ailleurs les seuls qu’il me restait à faire pour compléter la série. Cependant, ce n’était pas l’absence de traduction qui me freinait. En effet, les trois premiers épisodes sont nés sur NES et souffraient des problèmes inhérents aux premiers RPGs, soit le farming interminable et la narration quasi inexistante. J’avais commencé la version Game Boy Color de Dragon Quest I à l’époque et simplement regardé l’introduction de Dragon Quest II avant de décider que je ne les ferais jamais.
Mais comme le dit l’adage, il ne faut jamais dire jamais. Et pour cause, ce sont trois remakes de toute beauté de ces épisodes qui sont aujourd’hui disponibles sur nos consoles et PC. C’est d’abord Dragon Quest III, préquelle à cette trilogie suivant le héros Elric et ses descendants, qui sortit en novembre 2024. Celui-ci m’avait déçu pour sa durée de vie trop grande par rapport au contenu proposé, ses boss aux gimmicks insupportables et ses dialogues entre membres de l’équipe inexistants (dus au fait que, à l’image de Dragon Quest IX, il n’y a pas vraiment d’équipe puisque vous ne jouez que des archétypes sans personnalité). Un an après, c’est au tour de la compilation Dragon Quest I & II HD-2D Remake de sortir et de, je l’espérais, me permettre de conclure la série en beauté.

Des classiques à l’image de la série
La série Dragon Quest, c’est avant tout un classique du RPG. Jouez à un opus et vous saurez à quoi vous attendre de n’importe quel autre. Malgré tout, chaque jeu apporte sa touche personnelle, à l’image de Dragon Quest III et son système de vocations.
À ce jour, Dragon Quest I est le seul opus principal où votre équipe n’est composée que d’un seul personnage. Dans les versions précédentes, les combats se déroulaient tous en un contre un. Cependant, ce n’est pas le cas dans ce remake où, à l’image des autres opus, vous affrontez des groupes d’ennemis. Pour y faire face, le kit du héros a été entièrement revu dans le remake : armes et sorts de zone font maintenant partie des possibilités qui lui sont données. Depuis la sortie du remake, j’ai souvent vu certaines personnes craindre les combats du premier opus à cause de l’absence de compagnons, mais j’ai trouvé le jeu relativement simple à prendre en main (et bien moins prise de tête que Dragon Quest III). Les nombreuses compétences du héros permettent de faire face aux situations avant qu’elles ne deviennent compliquées et je n’ai pas spécialement eu besoin de faire de farming, le plus gros point noir de la version originale.
Ce problème ne se pose pas dans Dragon Quest II, puisqu’il est le premier à proposer une équipe de personnages. Celle-ci est composée de membres plus ou moins spécialisés dont, nouveauté de ce remake, une alliée exclusive qui permet de constituer un groupe de quatre à l’image des autres opus de la série. Faire les deux jeux à la suite peut être particulièrement déroutant tant le style de jeu est fondamentalement différent. Le premier opus, avec son personnage unique, a son style bien à lui. À l’inverse, le deuxième jeu se rapproche davantage de ce que la série propose aujourd’hui.
Avec ces remakes, Square Enix repense le gameplay des deux opus fondateurs de Dragon Quest et crée une sorte d’harmonisation avec le reste de la série. Maintenant voilà, pour les personnes ayant découvert la série avec les opus ultérieurs, il est en droit de se demander ce que ceux-là proposent de plus en termes de gameplay. Pour cela, un système lié à des sceaux a été créé spécialement pour les remakes. Ces sceaux sont trouvables au fil des deux aventures et ajoutent chacun une composante aux combats, comme par exemple le fait de récupérer des points de magie en vous défendant. Le plus important est le sceau de l’Âme, puisqu’il permet de transformer vos aptitudes et sorts en d’autres compétences cachées pour en renforcer les effets ou en créer de nouveaux. Pour réaliser cette transformation, il faut au préalable valider un prérequis, comme par exemple avoir moitié moins de vie sur le personnage ou avoir un effet actif.
Intéressant dans l’idée, le système est entaché par une exécution qui est un peu bancale. D’une part, rien n’indique quelles compétences peuvent être transformées lors d’un combat : c’est à vous de tester sur chacune d’entre elles. D’autre part, lorsque vous utilisez la compétence, vous ne pouvez ni savoir ce qu’elle fera, ni les points de magie qu’elle coûte avant son activation. Enfin, les méthodes d’activation alternatives au nombre de points de vie ne sont pas explicitées directement. La plupart des informations sont disponibles dans les menus… accessibles en dehors des combats. De même, ces informations arrivent au compte-gouttes au fil de l’aventure, et cela jusqu’à… après avoir battu le boss final de chaque jeu. Autrement dit, il est compliqué d’en tirer le maximum sans être très bien informé.
Malgré tout, on peut souligner l’effort de créer cette particularité pour Dragon Quest I & II HD-2D Remake, qui auraient autrement rougi de honte à côté du système de vocations de Dragon Quest III HD-2D Remake, sorti l’année précédente. De plus, j’apprécie le fait que cet ajout soit intrinsèquement lié à l’aventure.

Des classiques qui n’ont pas l’air de classiques
Si Dragon Quest I & II HD-2D Remake ne révolutionne pas la série, ce sont ses origines qui se voient totalement chamboulées. De ce que je me souviens de l’époque où j’ai essayé la version Game Boy Color de Dragon Quest I, l’aventure commençait au château de Tantegel avec le roi qui nous somme d’aller sauver la princesse Gwaelin et de battre Lordragon. Dans le remake, une séquence d’introduction inédite vient présenter l’histoire et donne une dimension bien plus épique à l’aventure. Ceci est annonciateur de ce que les deux remakes proposent : bien que simple, le scénario est bien plus développé et l’écriture plus fournie. De nombreux dialogues et de nouvelles séquences viennent agrémenter l’aventure et apporter de la profondeur à l’ensemble. J’ai été choqué d’apprendre que les héros de Dragon Quest II se parlaient à peine dans les anciennes versions quand je vois à quel point leurs interactions sont centrales dans le remake.
Puisqu’on parle de Dragon Quest II, il a longtemps été considéré comme le mouton noir de la série. Parmi les remakes des trois premiers opus, c’est de loin mon favori. Les personnages sont attachants et les environnements sont aussi riches que vivants. On sent que beaucoup d’amour a été apporté aux remakes, mais c’est d’autant plus flagrant sur cet épisode qui bénéficie beaucoup de son équipe de personnages. Uniquement présent dans cette version, l’aventure vous fait explorer les fonds marins pour y découvrir une nouvelle histoire. Là où c’est impressionnant, c’est que ce nouveau contenu se marie tellement bien au reste du jeu qu’il paraît inconcevable qu’il n’existait pas auparavant. C’est là qu’on voit le travail et le soin dont a bénéficié la réécriture de la trilogie.
Là où les remakes trahissent leurs origines, c’est dans leur structure et leur Level Design. Labyrinthiques au possible, les donjons de Dragon Quest II sont parfois lourds à explorer et les objectifs de quête sont souvent très flous dus à la nature open world des deux jeux. Heureusement, ces deux points sont facilités dans les remakes grâce à l’ajout d’une carte et de points d’objectif (qui peuvent être désactivés à tout moment). La sauvegarde automatique permet également de rendre l’aventure plus sereine.
Cependant, et ce malgré tout le travail apporté, les jeux restent des produits de leur époque lorsque l’on creuse un peu plus. L’histoire et l’écriture sont certes bien plus travaillés, mais l’ensemble reste néanmoins très classique et ne surprend pas. La redondance se fait vite ressentir, surtout en faisant les deux jeux à la chaîne, et l’on a vite la sensation que l’aventure est bien trop longue pour ce qu’elle propose (à l’image de Dragon Quest III HD-2D Remake tel que je l’explicitais plus tôt). Ce point n’est pas aidé par les (trop) nombreux combats aléatoires. Si leur fréquence peut être réduite grâce à l’utilisation d’un sort, celui-ci est relativement bien caché dans Dragon Quest I et n’est disponible que trop tardivement dans Dragon Quest II. Si j’ai pris du plaisir sur ces jeux, j’aurais néanmoins préféré si la durée de vie était plus courte, et donc les jeux plus rythmés.
Malgré tout, l’aventure a un charme tel que c’est un plaisir de s’y plonger. Les graphismes HD-2D sont de toute beauté et les compositions orchestrales sont un plaisir pour les oreilles. Le plus fort, c’est la façon dont Square Enix a réécrit les trois premiers opus de la série à travers ces remakes. Comme explicité plus haut, ces jeux sont une trilogie centrée sur le héros Elric et des descendants. Quand Dragon Quest I et Dragon Quest II sont sortis, les origines du héros n’existaient pas encore et sont donc nées avec Dragon Quest III. Les liens entre les jeux existaient, mais étaient relativement faibles. Avec les remakes, cela change du tout au tout : commencez par Dragon Quest III HD-2D Remake et l’aventure de Dragon Quest I & II HD-2D Remake n’en sera que plus gratifiante. La trilogie Elric n’a jamais mieux porté son nom qu’aujourd’hui et le sentiment d’accomplissement que procure la fin de Dragon Quest II est particulièrement satisfaisant.

Conclusion
L’un a conclu mon année 2025. L’autre a entamé mon année 2026. Dragon Quest I & II HD-2D Remake ont-ils été la conclusion à la série que j’espérais ? Bien évidemment, la réponse est oui. En plus d’être une belle fin à leur propre trilogie, l’épilogue de Dragon Quest II est parlant pour tous les fans. De nombreuses musiques iconiques des opus récents sont nées avec ces jeux et c’est un vrai plaisir de les redécouvrir dans leur univers d’origine, mais remis à neuf. De nombreuses sorties récentes se targuent d’être des remakes, mais très peu réalisent l’exploit que Square Enix a accompli avec cette revisite de la trilogie Elric.
️ Mes plus
- Des remakes à la limite du nouveau jeu
- Une narration bien plus riche et développée
- L'équipe sympathique et attachante de Dragon Quest II
- Une direction artistique magnifique
- De belles compositions orchestrales
- Des options permettant de fluidifier le rythme de l'aventure
- Un vrai sentiment d'accomplissement au terme de la trilogie
Mes moins
- Trop longs pour la proposition, entraînant un manque de rythme
- Une certaine redondance dans l'aventure, davantage marquée en enchaînant les deux jeux
- Le système de sceaux, pas très bien présenté
- Trop de combats aléatoires pendant la majorité des deux jeux
Trailer de lancement




