Quand le RPG trouve son inspiration dans le MMO
Conditions de jeu
Joué sur PC à la manette, en mode facile pour les combats et en mode normal pour les énigmes.
Voilà un jeu dont les origines remontent à bien des années. Le développement de CrossCode débute en 2011 et sa première démo technique naît en 2012. Après une campagne de financement et une early access, le jeu sort en 1.0 sur PC en 2018 avant de rejoindre les consoles dans les années qui suivent. En 2021, il connaît une extension intitulée « A New Home » : celle-ci prend place après la fin du jeu et permet d’approfondir davantage les personnages qui constituent cet univers singulier.
Pour cause, nous sommes face à un jeu très particulier. Celui-ci prend place au sein d’un MMO, avec un Level Design et un système de quêtes qui rappellent bien le genre, mais il n’en reste pas moins un Action-RPG solo tout droit inspiré des opus 2D de The Legend of Zelda. La force du jeu repose sur cette dualité entre RPG classique et MMO : bien qu’il s’agisse d’une expérience solo, la structure du jeu et l’histoire sont telles que l’on a l’impression de jouer en ligne avec ses amis.
Pour ma part, j’ai découvert CrossCode en 2019, lors d’un exercice de groupe en Master où nous devions analyser les sensations de gameplay d’un jeu de notre choix. J’avais testé le jeu au clavier/souris et j’avais été fasciné par le dynamisme du gameplay, si bien que je me suis empressé de l’acheter. Après notre exercice, la vie a suivi son cours et j’ai laissé le jeu de côté… jusqu’à ce mois-ci, où je me suis finalement lancé dessus et arrivé à son terme – et à celui de mon backlog -. Mais après tant d’années – et cette fois-ci à la manette -, est-ce que la fascination est toujours aussi vivace ?

Quand « action » mêle combat, énigme et exploration
Dans CrossCode, vous incarnez Lea. C’est une Spheromancer : elle est capable de tirer des projectiles, en plus d’attaquer au corps-à-corps. Pour gagner en précision et en puissance, il est nécessaire de charger les projectiles en visant dans une direction. Car oui, la visée n’est pas automatique : il revient au joueur de diriger le viseur avec le stick droit (ou à la souris) afin de toucher la cible. Un projectile chargé est capable de rebondir sur les murs et les objets et suit un chemin selon l’angle de la surface touchée. Bien sûr, il faut également faire attention aux attaques ennemies en esquivant ou en se défendant.
Présenté ainsi, cela peut sembler difficile à suivre. Cependant, il n’en est rien. Les combats de CrossCode se prennent très facilement en main, bien qu’ils peuvent se montrer difficiles à cause des dégâts que l’on subit. Le début du jeu m’a également semblé être la phase la plus ardue, puisqu’il m’a fallu un certain nombre de niveaux avant de pouvoir infliger des dégâts convenables (raison pour laquelle je suis passé en mode facile afin d’éviter de faire du level up). À mon sens, le plus embêtant est ailleurs. Pour maximiser les dégâts (ou simplement pour en faire un minimum), il est nécessaire de « break » les ennemis en les tapant à un moment précis, en utilisant un élément, etc. Malheureusement, il est parfois compliqué de déterminer ce qu’il faut faire avec certains ennemis, si bien que les combats peuvent durer une éternité.
Là où ces mécaniques gagnent en ingéniosité, c’est qu’elles sont également au cœur des énigmes. Parfois, il faut analyser les angles des murs pour faire rebondir un projectile jusqu’à un interrupteur à distance. D’autres fois, il faut réaliser une série d’actions rapidement afin de débloquer le chemin. Et d’autres fois encore, il faut faire les deux en même temps. Au début du jeu, je passais pas mal de temps sur les énigmes puisqu’elles demandent de bien comprendre le gameplay. Au fil de la progression, bien qu’elles deviennent de plus en plus complexes, j’étais beaucoup plus efficace. Là est la force de ce gameplay qui croise combat et énigme : toutes les occasions sont bonnes pour appréhender les éléments qui le constituent jusqu’à le maîtriser.
Un autre aspect vient pimenter le système : les éléments. Au nombre de quatre, ils se débloquent au sein des différents donjons que Lea parcourt et sont utilisés aussi bien en combat que pour les énigmes. Ceux-ci permettent de renouveler le gameplay et, à de nombreuses reprises, il revient de s’en servir conjointement pour progresser. En combat, lorsqu’un élément est équipé, il vient modifier la palette de coups et les statistiques de Léa. Ceux-ci peuvent être améliorés à l’aide d’une grille de compétences, que l’on peut développer en montant de niveau. Si les éléments peuvent grandement aider contre les ennemis, il est important de ne pas les garder actifs trop longtemps pour éviter une « surcharge » qui vous empêche de les utiliser pendant un moment.
Pour ma part, j’ai pris beaucoup de plaisir avec le gameplay de CrossCode, surtout en ce qui concerne les énigmes. Il m’a fallu un certain temps pour m’adapter au système et le jeu souffre parfois d’un manque d’indications, mais l’expérience se fluidifie au fil du temps et je suis devenu bien plus à l’aise. Manette en main, les contrôles sont également très efficaces et contribuent à l’appréciation de l’expérience… exception faite du saut très imprécis de notre personnage, qui m’a souvent mis des bâtons dans les roues.

Quand le propos est adressé directement aux joueurs
Lorsque l’on plonge dans l’univers de CrossCode, toute la dimension MMO prend forme. Le jeu CrossCode prend place au sein du MMO CrossWorlds, un jeu en réalité virtuelle où votre avatar est projeté sur une île bien réelle. On incarne Lea, un personnage au sein du jeu dont la joueuse a perdu les souvenirs. À cause d’un bug, elle ne peut pas parler et ne peut employer que certains mots ajoutés manuellement à sa base de données.
D’apparence, l’histoire suit un schéma classique : l’héroïne a un problème, en cherche la solution et se fait des amis le long du chemin. Cependant, la façon dont le jeu progresse vise à recréer les sensations d’un jeu en ligne. Les personnages que vous rencontrez n’ont pas votre problème et, à cause de votre mutisme, ne savent même pas que vous en avez un. Ils sont là pour jouer après les cours ou le travail, passer du temps entre amis, faire des raids contre de gros monstres et découvrir tout le lore de CrossWorlds.
L’histoire du jeu alterne donc entre deux pans : celui autour du MMO et celui concernant Lea. L’un fait office de jeu et constitue votre univers, l’autre est bien plus important et personnel. Cette alternance est intéressante, puisqu’elle renforce l’immersion au sein de cet univers et montre plusieurs facettes des personnages clés de l’aventure. Assez rapidement, les amis de Lea deviennent aussi bien des compagnons de voyage que des camarades de jeu, à l’image d’un jeu que l’on partagerait avec nos propres amis.
Force est de constater que CrossCode fait preuve de beaucoup de cohérence dans la construction de son univers et de son histoire. Il est difficile de l’expliquer sans le vivre par soi-même, mais plusieurs choses me rappelaient mes propres expériences de jeu en ligne et ne manquaient pas de me faire sourire. Les personnages secondaires sont attachants et écrits avec un réalisme qui contribue parfaitement bien à l’immersion, tandis que les (très) nombreuses quêtes annexes sont à l’image de ce que l’on trouve généralement dans les MMO. D’un point de vue visuel et sonore, la proposition du jeu est très agréable, simple et ne manque pas de se renouveler.
Là où le bât blesse, c’est au niveau du rythme général du jeu. Celui-ci propose des phases de combat, de donjons et d’exploration… bien souvent peu équilibrées. On peut passer plusieurs heures à explorer le monde, puis plusieurs autres heures à résoudre des énigmes à n’en plus finir. Les différents contenus sont intéressants, mais le trop plein crée souvent de la lassitude et on attend d’en arriver au bout pour passer à autre chose. De plus, l’exploration s’avère souvent hasardeuse, avec des routes à suivre et des objectifs à accomplir qui ne sont pas toujours clairs. Dans l’ensemble, le jeu aurait gagné à avoir des donjons plus courts, mais plus nombreux et répartis dans l’aventure.
De même, bien que l’alternance entre les deux aspects narratifs soit intéressante, elle n’est pas vraiment faite avec justesse. On en voit beaucoup sur le MMO, puis beaucoup sur Lea, puis rebelote sur le MMO, etc. Les deux aspects ne se mêlent jamais vraiment et on regrette parfois que chacun ne soit pas un peu plus développés sur certains points. Malgré tout, l’expérience reste très riche et ne manque pas d’intéresser jusqu’à la fin.

Conclusion
Six ans après avoir essayé CrossCode pour la première fois, est-ce que le jeu me fascine toujours autant ? La réponse : non, mais ce n’est en rien négatif. Au contraire, mon regard différent m’a permis de voir d’autres qualités du titre au-delà de ses contrôles dynamiques et immersifs.
Plus que tout, CrossCode est une expérience qui connaît son médium et ses références. Que l’on apprécie ou non, l’équipe de Radical Fish Games a su tirer parti du format pour créer un jeu qui parle aux joueurs de la première heure, mais aussi aux développeurs de jeux vidéo tels que moi. CrossCode a signé la fin d’un backlog que je m’efforçais de vider depuis juin 2022 : je ne pouvais pas espérer conclusion plus parlante.
️ Mes plus
- Un gameplay au service des combats et des énigmes...
- Des énigmes intelligentes et qui gagnent en complexité
- Un univers cohérent et riche
- Des personnages attachants et vivants
- Une belle proposition artistique visuelle et sonore
Mes moins
- ... mais qui manque parfois d'indications
- Des directions peu claires dans l'overworld
- Un saut bien souvent imprécis
- Des soucis de rythme au niveau de l'alternance des phases de jeu et narratives
- Pas de traduction française
Trailer de lancement




